Y-a-t-il un chef d'état dans la salle?

Il paraît que l'élection présidentielle américaine est terminée.

Pour moi, le vainqueur n’est pas Biden ni même le parti démocratique, mais le Pentagone et ses clients. Le président américain, qui que ce soit, semble n’avoir aucun pouvoir dès qu’on touche à l’essentiel - c’est-à-dire l’état de guerre permanent voulu par le Pentagone et sa clientèle.

On en a eu la preuve il y a deux jours, alors que le chaos régnait aux Etats pas si Unis que cela.

Alors que les U.S.A se déchirent et que les médias font de leur mieux pour minimiser les fraudes massives qui ont entaché cette dernière élection et font du pays une république bananière, Mike Pompeo, le secrétaire d'état aux affaires étrangères, un militaire, ancien directeur de la bienveillante C.I.A (elle veille sur nous, n’est-ce pas) a annoncé que le Turkestan Islamic Movement (T.I.M), connu aussi sous le nom de E.T.I.M, n’était plus terroriste. Bien entendu il n’a pas demandé l’avis du président occupé ailleurs à compter des votes, ni celui des Nations-Unies qui sont responsables de cette désignation qui interdit aux pays de vendre des armes et de soutenir financièrement de telles organisations. Et bien entendu, cette information n'a pas eu le traitement qu'elle méritait dans la presse,

En clair, dès demain, T.I.M qui s'est refait une virginité en abandonnant à l'occasion son nom original de E.T.I.M, va recevoir du Pentagone à travers diverses filières des armes et de l’argent. Les fonds viennent sans aucun doute du budget alloué à la Syrie et finançaient les groupes kurdes anti-Assad.

Qui dirige une telle organisation?

L'un de ses leaders est Abdulkadir Yapuquan, un Ouïghour chinois, aujourd'hui âgé de 62 ans, condamné et emprisonné deux fois en Chine pour des actes de terrorisme et aujourd'hui vivant en Turquie comme toute la direction de ce groupe islamiste radical. Ayant séjourné au Pakistan et en Arabie Saoudite après s'être enfui de Chine où il est recherché, Abdulkadir Yapuquan n'est pas un enfant de chœur, ni une source objective sur ce qui se passe au Xinjiang qu'il a quitté en 1996.

L'Occident découvrit cette ethnie dont on ne parlait pas tant qu'on parlait du dalaï-lama, le jour où un juge américain en parla. Cela fit les manchettes de la presse occidentale. Nous étions en 2006. Ce juge exigeait la libération de dix-sept Ouïghours, prisonniers à Guantanamo. Ils avaient été pris en Afghanistan et accusés d'être des talibans. Il faut dire que les Ouïghours sont des turciques. Le président turc, Erdogan, pas à une approximation près, les revendique comme des frères de sang. Par exemple, la majorité de la population d'Azerbaijan est turcique, une grande partie de la Mongolie l'est aussi.

Il fut établi, un peu tard (cela prit cinq ans), que ces Ouïghours de Guantanamo n'étaient pas des combattants ordinaires. Quand la guerre avait éclaté, ils s'étaient d'abord enfuis à la frontière du Pakistan et non vers la Chine d'où ils étaient supposés être originaires. Là ils furent cueillis par les services pakistanais et remis, contre rançon, aux Américains.

Pour les sortir de prison, leur avocat annonça qu'ils avaient fui la Chine à cause des persécutions supposées dont ils se disaient victimes. Personne ne vérifia si cela était vrai. Plus tard (ils avaient alors été évacués en Albanie et aujourd'hui ils vivent probablement en Turquie), on apprit qu'ils appartenaient en fait à un groupuscule (l'E.T.I.M - M.I.T.O en français) établi en 1988 et qu'ils n'étaient pas des talibans afghans.

Les premiers morts civils de l'E.T.I.M remontent à 1992, lorsqu'à Kachgar une bombe explosa à un arrêt de bus. Elle fit trois morts. Puis il y eut neuf morts en 1997, et seize en 2008 dans une attaque portant la signature de la méthode privilégiée en Europe par les fanatiques : un vol de camion qui fonce dans la foule, puis coups de couteaux au hasard dans une foule paniquée.

La région ayant de nombreuses mines où travaillent des migrants, elles furent également attaquées, et il y eut de nombreux morts. L'imagination du groupe et de ses sponsors pour créer le chaos ne semblait pas connaître de limites, encore qu'aujourd'hui en 2020, nous savons à quoi nous en tenir.

En 2009, juste avant la récolte du coton, qui demande une forte main-d’œuvre de journaliers, quarante-huit terroristes attaquèrent la population au hasard avec des seringues. Plus de cinq cents personnes furent hospitalisées, mais la réaction de la population ne fut pas, loin s'en faut, celle espérée. La panique tourna rapidement en règlements de compte entre les Ouïghours et les migrants chinois qui se firent justice. Dans les émeutes qui suivirent, il y eut 297 morts et plus de 1 600 blessés.

Le chef du parti, Li Zhi, fut immédiatement sanctionné par le gouvernement central, car il n'avait rien vu venir (nous, nous conservons nos élites coupables de négligence et d'incompétence).

Quarante-huit personnes furent inculpées pour des actes de terrorisme, certaines exécutées et le réseau de M.I.T.O dans le Xingjiang fut démantelé. D'autres mesures d'ordre public suivirent, qui furent toutes critiquées dans la presse occidentale comme portant atteinte aux libertés individuelles des Ouïghours.

Pourtant nous sommes aux premières loges pour connaître la dangerosité des groupes de fanatiques se revendiquant d'Allah. Notre innocence préparait sans aucun doute le lit des nombreux attentats qui ont lieu en Europe.

Que revendique E.T.I.M?

Un "califat" qui couvrirait cette province chinoise où la majorité de la population n’a jamais été musulmane, mais aussi un bon bout du Turkemistan (musulman), un territoire en Afghanistan (musulman) et une vallée pakistanaise (musulmane).

Bref, alors qu’officiellement, on nous le dit, les Américains vont se retirer d’Afghanistan après une intervention aussi coûteuse qu'inutile, ils préparent déjà l’abcès suivant. Cela rappelle, point par point, le scénario des Moujahidines et de Oussama Bin Laden en 1980, qui, comme on le sait, déboucha sur la création d'Al Qaeda quand la C.I.A perdit le contrôle de son pion.

Finalement comme il semble que les stratèges du système militaro-industriel américain n’aient rien appris, on doit se demander si on ne se trompe pas sur eux. Ce n’est pas par pure bêtise qu’ils répètent ad nauseam les mêmes stratégies. Ils les considèrent efficaces. Cela pose la question du but recherché.

De toute évidence, ce n’est pas la paix chez leurs voisins. Ce n’est pas non plus la démocratie et la liberté de conscience pour tous, car E.T.I.M n’est pas exactement le parti défendant de telles idées. Al Baghdadi, le dirigeant de Daesh à peine mort, on le remplace ailleurs.

Mais cette fois ce n’est pas une société islamisée qui est visée par des extrêmistes, c’est une société laïque dans un état puissant, la Chine. Ce n’est pas non plus la Syrie multi-confessionnelle qui paraissait une proie facile et qui devint un cauchemar humain, mais aussi un tiroir-caisse à Washington.

Il va être intéressant de voir dans combien de temps E.T.I.M deviendra un vrai problème, non en Chine, l’armée chinoise en prendra la mesure, mais dans les républiques pétrolières, tous les “stans" limitrophes de la Russie, et peut-être en Turquie.

Entre-temps, posons-nous la question. A quoi servent nos élections puisque rien ne change, ici ou ailleurs, sinon le nom du prétendu chef?

Serge Berthier

Le billet d'humeur - 8/11/2020

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