Deng Xiaoping, homme d'état

Après six ans de séjour en France et huit mois à l'université Sun-Yat-sen à Moscou, Deng Xiaoping, vingt-trois ans, est retourné en Chine. C'était l'année 1927 et le pays était en pleine guerre civile. Chiang Kai-shek avait lancé de Canton une offensive contre les seigneurs de la guerre qui s'étaient taillé des royaumes par-ci par-là.

Deng faisait alors partie de l'entourage de Feng Yuxiang, autre seigneur qui avait décidé de s'allier à Chiang Kai-shek.

Voilà donc notre étudiant dont l'adolescence s'est achevée quelque part du côté de Montargis plongé soudainement dans les intrigues et les alliances qui se nouent et se dénouent. C'est à cette époque que Deng participe à la création de l'Académie Militaire de Xian où seront formés les cadres de l'armée communiste. Car Deng est communiste, membre du Comité Central.

En avril 1927, Chiang Kai-shek fait assassiner à Shanghaï et à Nankin tous les activistes communistes proéminents. Deng se retrouve expulsé de l'Académie. C'est le début d'activités subversives contre le pouvoir qui essaie d'unifier la Chine. L'étudiant a fait place au révolutionnaire qui fait de la propagande souterraine à Shanghaï (avec Zhou Enlai) puis à Nankin.

En septembre 1929, Chiang Kai-shek ayant quasiment pacifié tout le pays, Deng se retrouve dans la province du Guangxi. A son instigation, un congrès du parti décide d'armer les paysans dans le but de préparer un soulèvement.

Tout ceci se passait il y a 60 ans. Pour nous, c'est de l'Histoire. Pour Deng, ce sont des souvenirs qu'on évoque avec ceux qui sont encore là et ont fait le même trajet: Peng Zhen, Yang Shankun, Chen Yun, Bo Yibo. Tous ont la mémoire remplie de faits glorieux ou tragiques, d'amitiés trahies, d'amours malheureuses.

Où se situe dans ce monde-là les événements de Tiananmen? Combien y pèsent les vies humaines?

L'Histoire s'est toujours écrite avec le sang des hommes et chaque vie fauchée pour des idées n'est qu'une nouvelle pierre à l'édifice de nos "civilisations".

La flamme qui maintient ce petit vieillard sur le même chemin depuis des lustres est de celles qui font ce qu'on appelle des hommes d'état. Et ces gens-là n'ont jamais écouté autre chose que leurs idées et n'ont jamais servi que leurs ambitions. Celle de Deng est immense: construire une Chine moderne, ce que personne n'a su faire avant lui. Pour cela, il a jugé nécessaire d'endosser la responsabilité des évènements et a déclenché une purge politique parce qu'il craint avant tout que la Chine, "sa" Chine ne se disloque sans un parti fort.

L'Histoire lui dit qu'il a raison. Le siècle lui dit qu'il a tort. Pour comprendre la complexité du problème qui se pose à tous les gouvernants de la Chine, il suffit de regarder une carte.

Deng Xiaoping restera avant tout le premier dirigeant chinois qui ait mis la Chine sur les rails de la modernité économique. Ce faisant, il a semé les graines de la future démocratie et, de tous les dirigeants communistes de ce siècle, il est le seul à l'avoir fait. Dans cinquante ans, c'est cela qui restera dans nos livres.

Entretemps,d'autres vies seront sacrifiées à des idées. En ce domaine, la Chine n'a pas de monopole.

Serge Berthier

Le coin de l'éditeur - Lettre de Hong Kong et de Chine - 15/06/1989

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