Bush Senior part en guerre. Pour qui? Pourquoi?

Il était inévitable qu'après quarante ans de guerre froide et moins froide, la seule préoccupation de George Bush Senior et de Gorbatchev ait été une paix enfin universelle. Comme des débauchés rassasiés quittant la table des libations, nous les avons entendus crier: "Plus jamais!".

Mais le temps passe et, le pouvoir étant au politicien ce qu'est le sexe à l'individu, les passions renaissent, les contorsions recommencent et les mêmes furies nous guettent.

Une scène après l'autre, le drame se déroule, les acteurs apparaissent, Baker par-ci, Aziz par-là, écoutés, applaudis, critiqués. Des entractes (entre deux avions) s'installent, juste le temps de vider le buffet ou de remplir une note de frais. De nouveaux décors sont plantés, hier Genève, aujourd'hui Paris, demain Baghdad, avec le même leitmotiv: Saddam Hussein.

Déjà l'opéra semble plus long que la tétralogie de Wagner et certains se lassent dans les coulisses. Assad entre autres qui menacent de s'allier à Hussein si Israël se joint à la curée et l'Iran pour n'en citer que deux. Et tout le monde d'oublier pendant ce temps que le budget militaire de l'URSS restera égal en 1991 à 35% des dépenses de l'état et qu'on meurt aussi aisément à Vilnius qu'à Bagdad mais pas pour les mêmes raisons.

Et chacun d'attendre le tomber du rideau avec un sentiment de déjà vu.

Vous avez certainement remarqué que je souffre d'une incapacité chronique à croire à la validité des pouvoirs politiques quels qu'ils soient. Couronnes et mitres m'ont toujours semblé de fer-blanc et le grand cordon de la Légion d'Honneur passé hâtivement sur un costume fraîchement repassé, un chiffon. Quant aux effets oratoires des uns et des autres, ce ne sont que du mauvais Shakespeare. Pas étonnant que tout cela me paraisse alors une mauvaise pièce où les acteurs cherchent leur texte parmi les décombres du passé.

La poursuite du pouvoir, de Nabuchodonosor à Hussein, de César à Napoléon, a été l'objet d'incessantes guerres, petites ou grandes, génératrices de leur lot de cadavres héroïques, hier glorifiés, aujourd'hui oubliés, sans jamais satisfaire les vainqueurs.

Le temps n'est plus hélas où une centaine de chevaliers casse-cou en quête d'excitation pouvait changer le sort d'une bataille et prendre un royaume, où un pirate ruinait la cour d'Espagne, où une armée de va-nu-pied sauvait la république.

Aujourd'hui, 850 000 hommes sont prêts à s'affronter et chacun se demande pourquoi et pour qui.

Pour le pétrole? Non, la crise du Golfe, si elle a prouvé quelque chose, a prouvé essentiellement qu'il y en avait trop. Actuellement l'OPEC, y compris l'Irak, pourrait produire 30 millions de barils/jour, alors que les besoins sont de 20 tout au plus et vont baisser à 15 d'ici dix ans.

Pour les Koweitiens? Peut-être. Mais lesquels? Les 8 000 sycophantes qui constituent la "famille" de l'émir, les 200 000 qui avaient une rente à vie, ou le million de Palestiniens et Indiens qu'ils exploitaient pour faire tourner le pays?

Pour le principe alors? Oui, pour le principe, car nos principes comme nos passions sont éternels. Mais lequel?

Machiavel l'a dit il y a longtemps:"Les princes qui ont fait notre civilisation en avaient peu et ceux qui en avaient n'ont rien fait".

Quelle est donc la solution? Une victoire n'étant pas un gage de paix et les guerres achevant rarement ce qu'elles entreprennent, il faut certainement éviter de déclencher celle-là.

Serge Berthier

Le coin de l'éditeur - Lettre de Hong Kong et de Chine - 15/01/1991

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